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Elections: pourquoi le vote en ligne est

Elections: pourquoi le vote en ligne est

Votera-t-on un jour depuis notre smartphone? Si l’idée commence à faire son chemin au sein du gouvernement, sa réflexion est freinée par de nombreuses questions de sécurité.

Elections: pourquoi le vote en ligne est

Alors que le premier tour des élections régionales touche à sa fin, le taux d’absention bat des record de la part des Français. Le vote s’est déroulé dans une configuration encore profondément marqué par la pandémie de coronavirus.

Déjà évoquée lors des élections municipales de mars 2020, dont le premier tour s’est tenu la veille du tout premier confinement, la question du vote en ligne se pose de nouveau. Le système serait bien différent des simples machines à voter déjà présentes dans les bureaux de vote d’une poignée de communes française. Il impliquerait ainsi un vote à distance, par Internet, sans se déplacer.

Dans son programme pour 2017, Emmanuel Macron mentionne la généralisation des machines à voter: il évoquait la nécessité d’une « numérisation » de la démocratie. Le vote électronique sur de telles machines existe déjà, et, selon le code électoral, il est autorisé « dans les communes de plus 3.500 habitants figurant sur une liste fixée dans chaque département par arrêté préfectoral ».

Seulement, un moratoire paru en 2007 interdit toute nouvelle commune de se procurer une machine de vote électronique. Le statu-quo en place n’a pas évolué, les machines n’ont pas été renouvellées. Et la Place Beauvau de rappeler régulièrement que ce « système fait l’objet de « risque cyber » » ou ne garantit pas « l’absence de dysfonctionnement dans l’enregistrement des suffrages ».

Aujourd’hui, une petite soixantaine de communes utilisent encore ce système de vote électronique, sur les machines dont elles disposent depuis ses débuts. Elles cumulent un peu plus d’un million d’électeurs.

La plupart des machines de votes électroniques ne sont pas reliées directement à internet, ce qui limite en grande partie les risques de cyberattaque, sans toutefois éliminer totalement le risque.

Du côté du vote en ligne, en revanche, la question de la sécurité est bien plus épineuse.

Contrairement au vote électronique, le vote en ligne n’implique, a priori, aucun déplacement. Ce procédé existe déjà, ou tout du moins existait: les Français résidant à l’étranger y ont été autorisés pour les élections législatives de juin 2017, mais la procédure a été finalement annulée en raison d’un trop grand risque d’attaques malveillantes.

Ces dernières sont le principal frein à la mise en place du vote en ligne. En reprenant le même principe que celui instauré pour les Français vivant à l’étranger, il s’agirait de communiquer à chaque votant un identifiant et un mot de passe leur permettant de se connecter sur une plateforme agréée par le gouvernement afin de voter. A condition de disposer de systèmes robustes.

En 2020, devant la commission des Affaires étrangères, des Forces armées et de la Défense du Sénat, Guillaume Poupard, directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a réaffirmé que la décision prise en 2017 était la bonne. Selon lui, « cela n’aurait pas été sérieux d’ouvrir ça en 2017, on aurait eu un drame, très probablement ».

Dans un entretien du 10 juin 2021 auprès du Monde, il paraît plus confiant envers ce système: « j’espère bien qu’en 2022, ce vote sera ouvert ». Toutefois, il réaffirme la nécessité de « sécuriser les réseaux informatiques du ministère de l’Intérieur, par lesquels remontent les résultats électoraux ».

Plusieurs étapes d’un vote en ligne seraient particulièrement sensibles. Dans un premier temps, l’identification du votant doit être rigoureusement encadrée, pour éviter toute usurpation d’identité. La carte d’identité numérique, lancée le 16 mars 2021 par le gouvernement, dispose d’une puce qui pourrait faire le lien entre le votant et la plateforme de vote.

Deuxième problème, la sécurité du système informatique. Lors de l’annulation du vote de 2017, les autorités ont justifié une crainte « d’attaque de déni de service », une cyberattaque répandue et visant à envahir les serveurs d’une entreprise ou administration pour en empêcher l’accès aux usagers.

Si le gouvernement parvient à mener à bien un tel projet, il faudra encore gagner la confiance des Français. Pour beaucoup d’entre eux, le vote en ligne et ses complexités de sécurité peuvent être synonymes d’une perte de contrôle du citoyen sur son vote. La question de l’anonymat vient par ailleurs se confronter à la transparence nécessaire pour regagner la confiance des votants.

Le vote en ligne est déjà en place dans quelques pays européens. En Estonie, les élections législatives de 2019 se sont déroulées en ligne pour 44% des votants, un taux record. Mais l’Estonie ne compte que 1,3 million d’habitants. Une telle démarche à l’échelle française n’aurait donc pas le même impact.

Pour autant, ces contraintes techniques n’ont pas totalement démoralisé les Français. Dans un sondage mené de concert par Odoxa et l’Usine digitale, 56% d’entre eux ont déclaré qu’ils auraient souhaité participer aux élections municipales depuis leur smartphone ou leur ordinateur.

Sans être à exclure à moyen terme, la mise en place du vote en ligne et sa généralisation restent lointaines, dans un contexte de défiance de certains résultats électoraux, à l’image de la situation américaine.

Référence
www.bfmtv.com

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